Joseph Tayefeh, Plastalliance : “Le plastique n’est pas une parenthèse du passé, c’est un pilier de notre futur industriel”
The European Plastics Alliance, Plastalliance, revendique d’être le seul syndicat européen engagé qui représente en direct l’écosystème de l’industrie du plastique, tous secteurs confondus. « Nous accompagnons les acteurs de l’ensemble de la chaîne de valeur (fabricant, metteur sur le marché, recycleurs) », explique Joseph Tayefeh, Secrétaire Général. "Plastalliance est au cœur du réacteur décisionnel européen en étant membre à part entière de la Circular Plastics Alliance, de la Critical Chemicals Alliance, du groupe d’experts de la Commission européenne sur les déchets ainsi que des différents groupes de travail sur le règlement emballages (PPWR). Notre vision à 360° nous permet d’avoir une vue unique sur les différents marchés, dont le packaging plastique qui représente près de 40% du secteur plastique en Europe".
Selon lui, "Le fait marquant au cours des mois écoulés est le "retour au réel" et la fin de la sur-réglementation punitive…". Son message principal se veut être un message de reconquête et d’espoir. « La donne a en effet changé, explique-t-il. La réglementation européenne vient balayer les interdictions nationales irrationnelles et donne une visibilité à très long terme, et l’Europe réaffirme haut et fort son soutien stratégique à notre industrie pour relocaliser nos capacités. Nous avons toutes les cartes en main pour cesser de subir ».
Le plastique est effectivement très malmené aujourd’hui. Face à ce « plastic bashing » et aux pressions réglementaires, quelle est la philosophie de Plastalliance et comment comptez-vous aider la filière à relever la tête ?
Joseph Tayefeh : Notre conviction est simple et totalement assumée : le plastique n’est pas une parenthèse du passé, c’est un pilier de notre futur industriel. Face aux idées reçues, au "plastic bashing" et aux interdictions purement idéologiques, notre mission est de porter une voix forte et influente auprès des décideurs européens et nationaux, des médias et de l’opinion, dans le but de faire les règles nécessaires à notre industrie et défaire celles qui nous entravent. Nos membres souhaitent ne plus subir et reprendre le contrôle de leur avenir industriel. Nous sommes l’outil pour y parvenir.
Notre approche est strictement fondée sur le pragmatisme économique, les faits, le droit avec un pôle juridique très pointu, la science (notamment l’Analyse du Cycle de Vie et la sécurité sanitaire) et un accès à des milliers d’études.
Plastalliance rassemble aujourd’hui celles et ceux qui veulent concilier performance économique, sécurité juridique, transition écologique maîtrisée et souveraineté industrielle européenne, y compris, bien sûr, pour des filières d’excellence comme celle de la cosmétique et du luxe.
Quels ont été les faits marquants de ces derniers mois ? Et quels sont ceux à venir ?
Joseph Tayefeh : Pour les mois écoulés, le fait marquant est le "retour au réel" et la fin de la sur-réglementation punitive. Nous assistons d’abord au débunkage des "fake news" alarmistes sur le plastique par certains médias peu précautionneux, par exemple sur les supposés liens de causalité entre microplastiques et pathologies humaines. Les fables de la cuillère en plastique dans le cerveau ou de la carte bleue avalée chaque semaine tombent les unes après les autres. Il est d’ailleurs fascinant de constater l’absence totale de mea culpa de la part des mouvements de décroissance qui ont hystérisé le débat avec ces contrevérités.
Mais le fait majeur est historique : la prise de conscience de Bruxelles que notre industrie est vitale. Le lancement récent de la Critical Chemicals Alliance l’a prouvé, avec cette affirmation claire de la Commission européenne : « Chimie, cosmétique, plastique, c’est quand vous êtes forts que l’Europe est forte ».
En parallèle, nous assistons au début de l’enterrement des mesures absurdes franco-françaises. L’interdiction des emballages styréniques a été abrogée, et la Commission européenne a même lancé un recours contre la France concernant l’illégalité du logo Triman.
Surtout, pour la première fois depuis la promulgation de la loi AGEC en 2020, des élus du Sénat — dont le sénateur Vincent Louault à qui je rends un hommage appuyé — ont exigé avec panache et une haute conscience de l’État de droit européen l’abrogation des objectifs irréalistes fixant la fin des emballages plastiques à usage unique à 2040. Autre point crucial pour le secteur de la beauté : l’interdiction de distribuer des échantillons sans demande explicite du consommateur a également été remise en cause.
Il s’en est fallu de peu pour que ces abrogations soient votées. Mais je peux vous le garantir : ces dispositions franco-françaises disparaîtront d’une manière ou d’une autre. Le futur règlement européen PPWR interdit formellement ne serait-ce que la simple entrave à la mise sur le marché d’emballages qui lui sont conformes.
Un tel réveil politique était tout bonnement impensable il y a encore deux ans et le débat sur ces sujets est désormais ouvert.
Enfin, un fait d’actualité brûlant vient couronner le tout : le 25 février 2026, la Commission européenne a officiellement adopté une décision déléguée actant une exemption historique. Les opérateurs utilisant des films d’emballage ou des sangles pour stabiliser et protéger les produits placés sur des palettes pendant le transport sont exemptés des exigences de réutilisation à 100 % de ces formats d’emballage. Toutes les industries sont concernées y compris celle de la cosmétique.
Vouloir éradiquer le plastique à usage unique sans tenir compte des réalités industrielles mène droit dans le mur : la protection des produits sur palettes ne tolère pas l’amateurisme et le plastique remplit ici une mission de sécurité qu’aucune alternative ne peut égaler sans faire exploser les coûts. Ce réveil politique était impensable il y a deux ans. C’est un signal fort qui prouve que lorsque l’industrie fait front, la machine idéologique peut faire machine arrière.
Tout ceci est la preuve que le travail de fond, fondé sur la science, l’économie et le droit, mené sans relâche par Plastalliance commence à porter ses fruits.
Quels sont les messages importants que vous souhaitez transmettre à l’ensemble de la filière packaging du secteur Beauté ?
Joseph Tayefeh : Je ne vous le cacherai pas, notre filière traverse une crise économique et géopolitique d’une violence inédite. Certains acteurs de la filière décrivent même une industrie européenne « au bord du gouffre ». Pour ne rien arranger, le secteur de la beauté subit de plein fouet l’impact des guerres commerciales initiée par les Etats-Unis de Trump. Beaucoup d’industriels du packaging de luxe ont été poussés sur la défensive.
Mais mon message principal aujourd’hui est un message de reconquête et d’immense espoir.
La donne a en effet changé. La réglementation européenne vient balayer les interdictions nationales irrationnelles et donne une visibilité à très long terme, et l’Europe réaffirme haut et fort son soutien stratégique à notre industrie pour relocaliser nos capacités. Nous avons toutes les cartes en main pour cesser de subir.
Regardez vers l’export, l’Inde est notre parade aux barrières douanières : L’Inde est le nouvel Eldorado de la "Beauty Tech". Sa classe moyenne explose et consomme massivement. Mais le pays a besoin de packagings robustes, légers et hygiéniques pour affronter sa chaîne logistique complexe et son climat. Le marché indien ne passera pas par le vrac ou l’emballage papier qui fuit. L’accord commercial UE-Inde est une véritable autoroute pour exporter notre savoir-faire en packaging plastique de luxe et compenser les pertes de parts de marché liées aux taxes américaines.
En 2026, le packaging cosmétique sort enfin de l’adolescence idéologique. Face aux défis qui nous attendent, ne craignez plus d’assumer vos choix de matériaux lorsqu’ils sont dictés par la science, le bilan carbone, la performance et le prix.
Comme je l’écris dans mon prochain ouvrage à paraître, « La vérité commence souvent seule mais finit rarement minoritaire »