Cosmed : de douze adhérents à plus de mille en 25 ans !

Cosmed avec plus de mille adhérents est devenue en vingt-cinq ans la plus importante organisation professionnelle cosmétique de France et même d’Europe. La totalité du chiffre d’affaires de ses adhérents pèsent aujourd’hui 5,5 milliards d’euros. Ramenée virtuellement à une seule entreprise du secteur de la Beauté, celle-ci serait à la 10ème place mondiale, soit pratiquement au même niveau que le groupe Puig. Cette association est née en 2001 à partir d’un petit noyau de douze PME. « Ces entreprises, explique son Président, Jean-Marc Giroux, ont considéré à l’époque que la défense de leurs intérêts n’était pas correctement assurée par le syndicat auquel elles adhéraient. De nombreuses difficultés ont émaillé nos dix premières années d’existence mais quatre cents sociétés n’ont pas hésité à s’engager avec nous au cours de cette première décennie  ». La reconnaissance de la représentativité de Cosmed par l’Etat le 30 octobre 2025 a déclenché une importante vague de contacts institutionnels et professionnels. De nombreux projets régionaux, nationaux et internationaux ont afflués. Certains Contrats de Filière avec les Régions sont d’ores et déjà signés.
L’Association se concentre cette année et jusqu’à fin 2027 sur l’incorporation de l’Intelligence Artificielle dans ses activités. 2026 sera aussi l’année du Tour de France de la biodiversité, co-animé entre Cosmed et l’OFB, pour la coordination de projets collectifs sur la biodiversité (eau, emballage, co-produits). Le point avec Jean-Marc Giroux.

On ne peut qu’être admiratif sur votre parcours. Quels en ont été les principales étapes et comment expliquer ce succès ?

Jean-Marc Giroux : La maîtrise de la réglementation a constitué et constitue encore la pierre angulaire de l’activité de Cosmed qui entretient un dialogue constant avec les autorités françaises (ANSM, DGCCRF, DGE…) et Européenne ( Commission, GT…). Des échanges avec Cosmetic Europe ont permis, la plupart du temps, d’harmoniser la position française. En 2010, la Direction Générale des Entreprises (DGE, Ministère de l’économie) nous a permis d’émettre officiellement des Certificats de Ventes Libres, véritable sésame pour l’export dans 65 pays. Dès lors, la croissance de Cosmed a connu une forte évolution. Outre l’expertise réglementaire, plusieurs services d’appuis aux entreprises ont été mis en place : service de formation Qualiopi, six cents professionnels formés par an. Congrès réglementaire, scientifique, technique …chaque année un total de mille participants en provenance de plus de vingt pays. Cosmed est aujourd’hui une ressource performante pour les entreprises de toutes tailles dans la filière. Sans oublier notre Groupement d’achats. Car dans le contexte actuel le taux de marges et un élément essentiel de la pérennité de l’entreprise. La tension sur les prix, les incertitudes sur l’inflation, l’érosion lente mais certaine du pouvoir d’achat des consommateurs nécessitent une maîtrise toujours plus fine des coûts. Ce groupement d’achats permet justement aux entreprises de mieux maîtriser leurs marges, notamment sur l’ensemble des achats de catégorie C, souvent nombreux, dispersés et difficiles à optimiser individuellement. Grâce à la mutualisation des volumes et à la puissance du réseau, les adhérents bénéficient de meilleures conditions d’achats et d’une plus grande visibilité sur leurs coûts. Mais au-delà des gains économiques, le groupement d’achats apporte des outils concrets pour mieux piloter les achats, notamment avec la publication mensuelle des indices de prix sur une vingtaine de matières premières stratégiques. Ces indices aident concrètement les entreprises à anticiper les évolutions du marché et à optimiser leurs négociations et sécuriser leurs décisions. Nous avons également développé la plateforme Ecodestock, qui s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. Elle permet aux membres du réseau d’acheter ou de revendre des approvisionnements non utilisés, réduisant ainsi les pertes, les coûts de stockage et le gaspillage, tout en créant de nouvelles opportunités de valorisation des stocks dormants.

Aujourd’hui, cette approche collaborative et ces outils de pilotage deviennent de véritables leviers de compétitivité pour les entreprises du secteur cosmétique.
Quant à expliquer notre succès, il suffit d’écouter les membres. Ils parlent de détermination sans faille à les défendre, de résilience, d’expertise technique et réglementaire de haut niveau, de pragmatisme, d’attention portée à leurs problèmes, de vision inscrite dans un temps long, insensible aux attaques et manœuvres dilatoires diverses. Ils parlent d’équipe stable et engagée, de réseau politique national et en régions…Cosmed est inclusive, l’écoute est la même, quelle que soit la taille. Certains regrettent que nous ne communiquions pas assez sur cette notoriété. Ils ont raison, mais nous serons toujours attentifs à ne pas s’engager dans des annonces superficielles non suivi d’effets, comme il y en a tant dans le paysage médiatique. 

Les réglementations qui s’appliquent sont certes de plus en plus pesantes mais elles constituent une évidente protection du marché européen dont bénéficie les entreprises, notamment les PME. C’est tout le rôle de Cosmed à la Commission Européenne d’argumenter pour rendre les réglementations pertinentes et assimilables par toutes les entreprises. La notion de délais allongés, portée notamment par l’Omnibus VI, a été injustement critiquée dans les médias et par certaines personnalités politiques. C’est une marque d’ignorance du processus réglementaire et de son efficacité. Aucun des détracteurs de la filière ne s’exprime sur la différence entre “danger” et “risques “, base d’une bonne compréhension du niveau réel de protection. On n’aura de cesse d’affirmer que les produits cosmétiques, conformes aux règles européennes et aux règles de bon usage, sont sûrs. 
 
Tensions géopolitiques, hausses de prix des matières premières et de l’énergie, Plastique Bashing… Les sujets ne manquent pas !
 
Jean-Marc Giroux : Objectivement ces tensions géopolitiques et ces hausses de prix ne manqueront pas d’avoir un impact négatif sur la filière mais il est encore mesuré à ce jour. A la demande de la DGE, nous transmettons chaque semaine notre baromètre sur l’économie de la filière auquel participent une cinquantaine d’entreprises. L’augmentation des tarifs Transports et MP entrainera inéluctablement à terme des augmentations de prix des produits finis. Nous les situons au premier trimestre 2027. D’ici là les stocks devraient amortir le choc. Les principales matières concernées sont les polymères et composites des emballages plastiques (PET, PE) dont la fabrication dépend directement du pétrole. Les emballages en aluminium sont également très impactés en raison du rôle stratégique de la région dans la production mondiale et de sa dépendance aux flux maritimes transitant par le détroit d’Hormuz. En 2026 la production régionale a chuté d’environ 44 % soit 3Mt retirées du marché Mondial. Les matières premières cosmétiques sont également impactées, notamment les huiles qui subissent des effets indirects liés aux coûts logistiques, surtout pour les huiles tropicales qui avaient déjà subi de fortes hausses les années précédentes (coco, palme)
Quant au « Plastique Bashing », il faut se rendre à l’évidence que la cosmétique ne peut pas, actuellement, se passer des différents types de plastiques. Le plastique demeure le matériau dominant des emballages cosmétiques, représentant 53 % du poids total des emballages utilisés, suivi du verre avec 26 %. Toutefois au global, les emballages plastiques issus du secteur cosmétique constituent seulement 5 % de l’ensemble des emballages ménagers plastiques, tous usages confondus (alimentaires et non alimentaires). De gros efforts ont été faits pour l’usage de plastiques recyclés, pour réduire les suremballages, revoir l’épaisseur des parois des contenants, développer le vrac…toutes ces solutions montrent leurs limites. Cosmed est en relation avec les principaux syndicats de la plasturgie et veille à l’émergence de solutions technologiques que tout le monde espère.